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Mémoire

Guy Drudi soutient sa thèse à l’Université de Montréal :

Comprendre le « choc discriminatoire » pour mieux penser le lien social.

30 janvier 2026

Guy Drudi soutient sa thèse à l’Université de Montréal :

Montréal, jeudi 29 janvier 2026, L’Université de Montréal a accueilli ce jeudi la soutenance de thèse de Guy Drudi, doctorant en sciences humaines appliquées, dont les travaux portent sur un concept central et encore peu exploré : le choc discriminatoire. Dirigée par Bob White, professeur titulaire au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal et directeur du LABRRI, et codirigée par Jorge Frozzini, professeur agrégé à l’UQAC et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en communication interculturelle et technologies de gestion, cette recherche s’inscrit au croisement des études interculturelles, de la reconnaissance sociale et de la citoyenneté.

Une thèse au cœur des débats sur la diversité et la discrimination.

Intitulée « Le “choc discriminatoire” dans le Rapport de la Commission Bouchard-Taylor. Origine, sens et implications », la thèse de Guy Drudi s’appuie sur le Rapport de la Commission consultative sur les pratiques d’accommodement liées aux différences culturelles, plus connue sous le nom de Commission Bouchard-Taylor (CBT). Dans ce rapport, le choc discriminatoire est associé aux expériences de discrimination vécues par des personnes appartenant à des groupes minorisés, notamment dans le milieu de travail, en lien avec les demandes anticipées d’accommodement raisonnable. Les commissaires y soulignaient déjà que ce phénomène serait « plus répandu qu’il n’y paraît » et qu’il mériterait des investigations approfondies.

Le choc discriminatoire : une prise de conscience douloureuse.

Dans ses travaux, Guy Drudi propose une définition approfondie du choc discriminatoire, qu’il décrit comme : « une prise de conscience à un moment précis d’une stigmatisation qui révèle une exclusion jusque-là occultée, et qui engendre une souffrance sociale, un malaise identitaire, un déni de reconnaissance sociale, une atteinte à la dignité et une rupture de confiance dans le lien social ». Sa recherche vise à analyser les correspondances et les ruptures de sens entre l’interprétation du choc discriminatoire formulée par la Commission Bouchard-Taylor, centrée sur la gestion des accommodements raisonnables, et celle liée au malaise identitaire et à la souffrance sociale vécus par les personnes concernées.

Questions de recherche.

Deux questions structurent l’analyse de cette thèse :

  • Les mémoires présentés à la Commission Bouchard-Taylor font-ils état du malaise identitaire exprimé par le concept de choc discriminatoire ?
  • En quoi l’interprétation du choc discriminatoire par la Commission Bouchard-Taylor correspond-elle, ou non, à ce malaise identitaire ?

Ces questionnements permettent de mieux comprendre les effets subjectifs et sociaux de la discrimination, au-delà de ses seules dimensions institutionnelles.

Un parcours engagé entre recherche, action et intervention communautaire.

Détenteur d’une maîtrise en philosophie, associée à une propédeutique en psychologie clinique (Université d’Ottawa), Guy Drudi a mené une carrière marquée par un engagement constant en faveur de l’inclusion et du dialogue interculturel. Gestionnaire au Centre jeunesse de Montréal de 1975 à 2006, il a contribué à la création de nombreuses ressources communautaires, notamment en fondant La Maisonnée en 1979, organisme toujours actif dans l’accompagnement des personnes immigrantes. Chargé de cours à la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal pendant plus de dix ans, il y a enseigné la gestion de la diversité ethnoculturelle, les programmes d’accès à l’égalité et la communication interculturelle. Membre du Conseil interculturel de Montréal (2005–2009), il a coordonné l’Avis sur le profilage racial en 2006 et contribué à des recherches ayant mené à des recommandations structurantes en matière d’accès à l’égalité en emploi.

Une contribution majeure à la recherche interculturelle.

Depuis 2013, Guy Drudi collabore étroitement avec le Laboratoire de recherche sur les relations interculturelles (LABRRI), développant plusieurs axes de recherche portant sur les liens entre interculturalité, citoyenneté et choc discriminatoire. Auteur de nombreuses publications scientifiques et de formations, il est reconnu pour son approche rigoureuse et engagée, à la croisée de la recherche académique et de l’intervention sociale. Son parcours a été souligné par plusieurs distinctions, dont le Prix du rapprochement interculturel Jacques-Couture, la Médaille de l’Institut médico-légal de Lisbonne et la Médaille du Lieutenant-gouverneur du Québec.

Une thèse qui ouvre des perspectives.

Par cette soutenance de thèse, Guy Drudi apporte une contribution importante à la compréhension des mécanismes de discrimination, de reconnaissance et de souffrance sociale au Québec. Ses travaux invitent à repenser les politiques publiques, les pratiques organisationnelles et les interventions communautaires à partir de l’expérience vécue des personnes minorisées.

À travers le concept de choc discriminatoire, cette recherche rappelle que le vivre-ensemble ne peut se construire sans une reconnaissance pleine et entière de la dignité, de l’identité et de la voix de chacun.

La Maisonnée : un engagement toujours vivant.

Fondé en 1979 par Guy Drudi, La Maisonnée est un organisme communautaire montréalais qui œuvre depuis près de cinq décennies à l’accueil, à l’intégration et à la participation sociale des personnes immigrantes. Reconnue pour son approche humaine et interculturelle, La Maisonnée accompagne chaque année des milliers de personnes dans leurs démarches d’insertion sociale et professionnelle. Fidèle à cet engagement de longue date, Guy Drudi demeure encore aujourd’hui président du Conseil d’Administration de l’organisme, poursuivant activement son implication au service du dialogue interculturel et du vivre-ensemble au Québec.

Sources :

Inès Bouteiller - Responsable des communications